Le cinéma congolais existe : de « La Vie est belle » à « Félicité »

par la rédaction de CBC

Congo Broadcasting Channel

8 SEPTEMBRE 2026

Le FESPACO, à Ouagadougou, principal rendez-vous du cinéma africain. Photo : ZIZIEN Rachiratou Nathalie — CC0, via Wikimedia Commons.

Sans industrie structurée, sans réseau de salles, le Congo a pourtant produit des films qui ont marqué le cinéma africain et remporté ses plus hautes distinctions. Retour sur quatre œuvres qui racontent Kinshasa.

1987 : « La Vie est belle », le film fondateur

Réalisé par Mweze Ngangura et Benoît Lamy, La Vie est belle raconte l’ascension d’un musicien venu du village pour percer à Kinshasa. Le rôle principal est tenu par Papa Wemba lui-même.

Le film connaît une diffusion internationale rare pour une production d’Afrique centrale à cette époque, et fixe durablement l’image de Kinshasa comme capitale musicale à l’écran.

2010 : « Viva Riva ! », le choc

Viva Riva !, de Djo Munga, est un polar urbain tourné à Kinshasa : trafic de carburant, violence, ville nocturne. Le film rompt avec le cinéma africain d’auteur contemplatif et assume un langage de genre.

Il est récompensé aux African Movie Academy Awards de 2011, où il obtient notamment le prix du meilleur film, et bénéficie d’une distribution internationale.

2017 : « Félicité », la consécration

Félicité suit une chanteuse de bar de Kinshasa cherchant à réunir de quoi faire soigner son fils. Le film est réalisé par Alain Gomis, cinéaste franco-sénégalais, et tourné à Kinshasa avec des interprètes congolais — Véro Tshanda Beya dans le rôle-titre — et la musique du collectif Kasai Allstars.

Il remporte l’Ours d’argent, grand prix du jury, à la Berlinale 2017, puis l’Étalon d’or de Yennenga au FESPACO la même année : la plus haute distinction du cinéma africain. Coproduction internationale tournée au Congo, Félicité illustre le modèle dominant du secteur autant que sa réussite.

2019 : « Système K », la ville comme atelier

Le documentaire Système K, de Renaud Barret, suit des artistes performeurs de Kinshasa qui travaillent avec les matériaux et les rues de la ville. Il documente une scène artistique intense, largement invisible hors du Congo.

L’autre écran : le clip musical

On ne comprend pas l’audiovisuel congolais en regardant seulement les longs métrages. Le format le plus produit, le plus regardé et le plus exporté est le clip musical.

Depuis des décennies, les orchestres kinois investissent l’image autant que le son : chorégraphies, sape, mises en scène ambitieuses. Une génération entière de techniciens congolais — cadreurs, monteurs, étalonneurs — s’est formée là, et non dans des écoles de cinéma. YouTube a amplifié ce mouvement en offrant une diffusion directe, sans intermédiaire ni salle.

Ce qui manque

Le talent n’est pas le facteur limitant. Ce qui manque est en aval : un réseau de salles permettant à un film congolais de rencontrer son public congolais, des mécanismes de financement nationaux, et des filières de formation technique sur place.

S’y ajoute la question des droits. Sans distribution structurée ni perception organisée, une œuvre circule surtout par copies informelles : très vue, très peu rémunérée. C’est ce maillon-là, plus que la création, qui empêche l’industrie de se constituer.

Grand format CBC. Article de fond rédigé pour Congo Broadcasting Channel à partir de faits documentés. Il ne rapporte pas d’actualité du jour.
Photographie — FESPACO : ZIZIEN Rachiratou Nathalie — CC0, via Wikimedia Commons